UN TEMPS DE COCHON !
EXPOSITION
du 16 février au 30 mars 2013

dans l’ancien abattoir du théâtre La Mégisserie

Vernissage de l’exposition 
samedi 16 février / 18h

Une vision des animaux à travers les photographies de Frédérique Avril et des textes sur le thème de la relation entre l’homme et l’animal.


«
 Mais laissez-moi vous dire ceci, mon vieil ami : dans un monde entièrement fait pour lhomme, il se pourrait bien quil ny eût pas non plus place pour lhomme. » Romain Gary.
Animaux à la fin d’une journée, animal sur le radiateur, animaux couchés dans l’herbe, heureux, animal qui crie, avec l’écho du carrelage. Animaux de compagnie, animaux de boucherie, valet et viande de l’homme. Animal libre qui vole, qui rampe, qui galope. Animaux ligotés, enchainés par le museau, garrottés par le col. Animaux proches de l’Homme, frères et cousins et puis sacs, gants et pot-au-feu.
Animal sur quatre pattes, vigoureux et patient comme un arbre. Animaux tranchés par le milieu comme un arbre.
Découpés, hachés, vidés.
Tout ce sang qui envahit.

Il y a le vert des prairies et le rouge, si rouge qui ne se voit pas.
L’Homme fait la guerre aux bêtes dans quelques mètres carrés.
Un abattoir ce n’est pas grand et c’est terriblement efficace.

Construire un théâtre* dans un abattoir, quelle drôle d’idée
 !
Construire un lieu de vie dans un lieu de mort.
Construire un théâtre, qui parle de vie et de mort, dans un abattoir, c’est peut-être logique.
Mais pourquoi
 ?
Pour oublier tout le sang
 ?
Pour se souvenir
 ?
De tout ce sang, de toutes ces vies.
Un théâtre n’est pas là pour effacer, il est là pour dire.

Que les animaux arrivaient dans des camions, dans des charrettes, où à pattes avec leurs maîtres à la porte de l’abattoir qui était juste à la limite de la ville. Que les sabots s’entendaient dans le quartier ainsi que les meuglements, les cris.
Que des hommes vivaient, tuaient, découpaient, tranchaient dans le froid, le vent, dans les odeurs de merde, dans le sang qui coulait à bouillon. Qu’ils repartaient chez eux chargés de tous ces sons, de toutes ces visions.
Que la mort était proche de la ville, les animaux proches de la vie quotidienne.
Où est la mort des animaux maintenant
 ? Où est la mort des Hommes, maintenant ?

Les animaux et les gens ont souvent des destins parallèles, l’un étant la compagnie, la nourriture de l’autre (parfois l’homme de son vivant est aussi la nourriture des bêtes) mais nous sommes aussi, chacun de notre côté, les rêves, les joies, les peurs de l’autre.
Ce que nous faisons aux animaux, nous le faisons aussi aux hommes.
La mort des animaux a disparu dans des abattoirs isolés et mystérieux, la mort des humains est cachée dans des hôpitaux, dans des voitures noires qui circulent vite dans nos villes. «
 La manière dont nous regardons les bêtes n'est pas sans rapport avec la façon dont sont traités certains d'entre nous, ceux que l'on déshumanise par le racisme, ceux qui, du fait de l'infirmité, de la maladie, de la vieillesse, du trouble mental, ne sont pas conformes à l'idéal dominant de la conscience de soi ». Elisabeth de Fontenay.

Ici, dans notre «
 abattoir théâtre », nous voulons parler des animaux.
Comme des frères, des cousins et des victimes des hommes. Des animaux comme miroirs de nos existences. Comme une question ouverte.

* le théâtre La Mégisserie a été construit dans un abattoir. Ce théâtre est doublement marqué par les animaux, puisque son nom « Mégisserie » défini les tanneries de petites peaux, qui étaient (et sont) traitées et utilisées à Saint-Junien pour fabriquer des gants.



PHOTOGRAPHIES DE FREDERIQUE AVRIL